# 6 — Masami Charlotte Lavault — Plein Air — Cultiver les fleurs et l'authenticité

Crédit 📸 Aldo Paredes Orejuela 

Comment une jeune femme fraîchement débarquée à Paris avec très peu d’expérience relève-t-elle le défi fou d’implanter et exploiter seule en plein cœur de la capitale la première ferme floricole de la ville ? Qui plus est dans un secteur de la fleur sinistré et, comme elle dit, avec une carrure pas franchement adaptée au travail physique ! C’est ce qu’on a voulu savoir en allant interviewer Masami Charlotte Lavault, la créatrice de Plein Air, une exploitation floricole de 1200m² située sur les hauteurs de Belleville dans le 20e arrondissement de Paris, qui depuis 2017 produit et vend des fleurs de saison sans produit chimique aux particuliers et à deux boutiques de fleurs parisiennes spécialisés dans les fleurs 100% françaises, Désirée et Bleuet Coquelicot.

 

 

« Ça me rend hyper heureuse d’être dehors, d’utiliser mon corps tous les jours, de voir que dans les 20 cm carrés de mes mains il y a 20 000 plantes qui naissent chaque année. » 

 

 

 

 

« Il y a un risque à faire de l’égologie : être tellement convaincu qu’on est dans l’alternative, qu’on est dans la lutte, qu’on est dans la proposition d’un monde nouveau, qu’on oublie d’être dans le monde tel qu’il est et qu’on s’en extrait. »

 

 

Masami Charlotte dit qu’elle ne change pas le monde, que ce qu’elle fait est une goutte d’eau dans l’océan. Elle a peut-être raison, il n’en reste pas moins que son initiative est pour nous une formidable source d’inspiration. Dans cet épisode doux et poétique, à l’image de Masami Charlotte, on découvre le cheminement personnel et la philosophie de cette jeune femme franco-japonaise de 32 ans qui, après une première carrière dans le design industriel, a sur le tard développé un amour pour les fleurs. Elle nous explique notamment comment après une période de burn-out elle s’est tournée vers l’agriculture et ce qu’elle appelle l’agridesign.

 

 

« L’agriculture, c’est de la création parce qu’à partir de plus ou moins rien, d’éléments de base, de la terre, des semences, de l’eau, de la lumière et de l’énergie humaine, on produit quelque chose. »

 

 

Avec elle, on fait une incursion dans l’univers de la biodynamie et des des micro-organismes efficaces, des méthodes de culture qu’elle nous explique avec des mots simples et beaucoup de pédagogie. On la suit  dans les fermes maraîchères du Maroc et du Pays de Galles. On fait ensuite un détour avec elle par le Japon (Okinawa). Puis elle nous raconte comment à son retour en France elle a fait sortir de terre ce projet de floriculture pleinement respectueux de l’environnement. Un récit de son apprentissage qu’elle nous partage avec une joie communicative.

 

 

« J’ai eu l’impression qu’on m’a ouvert la tête comme un casse-noix, mais doucement, ce n’était pas du tout douloureux, c’était très joyeux, mais c’était tout d’un coup plein d’infos, un monde entier qui s’ouvrait à moi. »

 

 

Masami Charlotte nous raconte aussi en quoi consiste son quotidien pas tout rose, bien loin de l’image d’Epinal. Elle nous prévient des difficultés propres à son métier et préfère nous avertir que contrairement à ce qu’on pourrait croire sur le papier, pareille reconversion n’est pas la panacée. Levée tôt, couchée tard, dehors par tous les temps, qu’il fasse -10 ou 42°, qu’il pleuve des cordes ou qu’il fasse un cagnard de dingue, au champ la plupart du temps ou sur son vélo pour livrer ses clients, Masami Charlotte travaille dur pour maintenir en vie son projet. Aussi, la ferme ne génère pas assez d’argent pour lui offrir un salaire décent, l’obligeant à faire des traductions dans son lit le soir… Des peines, mais heureusement aussi des joies infinies ! Comme celles de travailler en plein air, de vivre au rythme des saisons et d’être aux premières loges d’un spectacle inouï.

 

 

« D’être tous les jours témoin de la naissance, la vie, la maturité, le déclin et la mort d’organismes sans avoir la violence émotionnelle que des médecins peuvent vivre quand on est face à la mort des humains, ça calme vraiment. »

 

 

« Le temps que ça prend, il faut le célébrer. C’est terriblement lent ce que je fais. En moyenne je travaille 9 mois avec une plante, de la graine jusqu’au bouquet. C’est une gestation, comme une grossesse. »

 

 

Dans cet épisode inspirant, vous découvrirez une jeune femme sensible, intelligente et cultivée qui nous parle de la chance, de l'un (destin en japonais), de l’importance de la naïveté pour avancer, de la finitude des choses et de la mort, de la culture japonaise, de liberté, de ne pas trop regarder ce que les autres font, du temps, d’écologie, du foisonnement politique actuel, de l’éveil des consciences, de bonheur et d’authenticité. Vous apprendrez comment elle a trouvé ce lieu magique en plein Paris, quels sont ses projets et les initiatives qu’elle trouve réjouissantes. Un épisode rafraîchissant à écouter d’urgence dans le contexte actuel de l’épidémie qui nous touche.

 

 

« Pour moi, la beauté des fleurs, c’est qu’elles sont totalement éphémères. Si j’arrête après-demain le champ, en 6 mois il y a zéro trace de tout ce que j’ai fait, ce qui est pour moi un soulagement immense. Les fleurs, elles vivent 10 jourS au mieux quand elles sont coupées, après il n’en reste rien. Vu qu’elles sont super propres, on peut les composter sans problème. Tout ce que je fais là n’a aucun impact écologique, et c’est d’un soulagement sans fin pour moi. »

 

 

 

 

Notes et références

 

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