Rencontre avec Lisa Favreau et Lisa Guedel-Dolle, co-fondatrices de la marque Azur: quand la nature rencontre la création textile.

Cap vers le sud, où le soleil, la mer et un grand ciel bleu azur nous attendent. Azur, comme la marque de vêtements créée par Lisa Favreau et Lisa Guedel-Dolle.

Elles font partie de cette nouvelle scène où s’expose la jeune création méditerranéenne. C’est à Marseille que leur projet est né. 

De leurs parcours respectifs en création textile, set design et graphisme, l’envie de s’associer pour créer des vêtements à la croisée de l’artisanat et responsabilité a pris forme.


Elles revendiquent un circuit court, des produits fabriqués en petites séries et de manière juste en France. À partir de tissus anciens qu’elles chinent avec soin, elles y ajoutent leur propre touche de couleur par la teinture naturelle. 

Mais c’est aussi pour leurs vêtements plissés qu’on les reconnaît. Associées à un atelier familial à Marseille, savoir-faire et production locale n’ont jamais aussi bien concordé.


En résulte un vestiaire aux lignes épurées, un vestiaire utilitaire mais poétique où parfois, quelques accessoires viennent s’ajouter en fonction de leurs dernières trouvailles. Des pièces à chérir comme des trésors ravivés au goût du jour.


Dans cet entretien spécial, elles nous livrent les coulisses de leur processus de création, de la matière à la production.

RÉUNI : Parlez-nous de votre parcours

LISA FAVREAU : J’ai suivi une formation en design textile à l’École Duperré qui se concentrait autour de la recherche des matériaux et de la couleur. Ensuite j’ai travaillé pendant 3 ans au bureau de tendances Peclers Paris, puis j’ai travaillé pendant 4 ans en tant que set designer Je m’occupais de créer des décors pour des shootings photos dédiés à la mode ou la décoration : donc ça consistait à créer un univers autour d’un produit, comme des natures mortes pour de la joaillerie, des installations pour des vitrines ou de l'accessoirisation de décors.
LISA GUEDELE-DOLLE : Pour ma part, j’ai suivi une formation de graphisme à l’ECAL en communication visuelle et design graphique. J’ai travaillé en freelance dans le milieu du design graphique et de l’éditorial. Avant de fonder Azur, j’ai travaillé dans un magazine de mode où je m’occupais du graphisme et de la direction artistique.


Comment est née Azur ?

LF : Azur est née d’une volonté que l’on a eue toutes les deux. C’est avant tout une histoire d’amitié. On s’est rencontrées à Paris, par des amis en commun qui étaient dans la même école que Lisa G. On a aussi travaillé ensemble pour le magazine L’Officiel. 

« Même si on aimait ce que l’on faisait au quotidien, on ne se sentait pas alignées avec nos valeurs et les choses que l’on pouvait appliquer dans notre vie personnelle.»

Par exemple, dans le Set Design, il y a beaucoup de déchets et de gâchis : on achète du matériel pour faire des décors et à la fin tout est jeté. De ce constat-là, on a voulu lancer un projet créatif dans lequel on pouvait s’exprimer et être en accord avec nos valeurs. Au début, l’idée était de travailler avec des artisans. La raison pour laquelle on a choisi le vêtement, c’est parce qu’on voulait faire de la teinture naturelle. On aime les plantes et le fait de travailler avec implique une connaissance de la botanique et de la chimie des couleurs. Le vêtement a suivi.


À quoi ressemble la première conversation que vous avez eue autour du projet ?

LF : C’est Lisa G. qui a initié le projet, moi je crois que j’aurais pu continuer encore à travailler plus longtemps dans ce que je faisais avant de passer à autre chose. Je me souviens qu’elle me parlait d’envies créatives autour de l’objet. Un jour, j’ai acheté une robe ancienne chez Emmaüs qui a été comme un déclic. A ce moment-là on a commencé à imaginer deux projets distincts sur l’objet et sur le vêtement. Finalement, c’est devenu un seul et même projet.

 

LG : Un jour, on s’est donné rendez-vous dans un café pour parler de nos idées qui étaient encore très floues à ce moment-là. On n'osait pas trop se dire qu’on voulait travailler ensemble. J’ai pris mon courage à deux mains pour lui demander ce qu’elle pensait de l’idée de collaborer et c’est comme ça que je projet est né.

« Je me suis dit qu’il fallait prendre plus de temps pour acheter un objet qui a de l’importance et de la valeur afin qu’il perdure dans le temps. Autrement, il y a cette matérialité où l’on peut se séparer trop facilement des choses alors que moi, j’ai envie d’être attachée aux choses, j’ai envie qu’elles prennent de la valeur et leur place dans un intérieur. »

Pourquoi s’être installées à Marseille ?

LF : On était toutes les deux à Paris pour nos précédents postes. Quand on a commencé à parler du projet, on ne s’imaginait pas le lancer là-bas car beaucoup de choses s’y passent déjà et on avait envie de s'éloigner un peu de cet épicentre créatif pour nous donner plus de liberté de créer. Dans un même temps, on avait envie de changer radicalement de cadre de vie. Ça a commencé par le fait d’habiter dans une maison dans les Calanques pendant 2 ans. Maintenant on s’est reconnecté avec la ville et on a un atelier à côté du Vieux Port. On aime beaucoup être ici, l'énergie de cette ville et tous les projets qui s’y passent. Dans un même temps, on avait envie de changer de cadre de vie.

Quel est l’origine du nom Azur ?

LF : Au moment où on l’a choisi, on ne savait pas exactement ce qu’on allait créer donc on ne voulait pas d’un mot qui enferme mais qui représenterait plutôt quelque chose d’abstrait. On a choisi Azur pour sa sonorité et son côté visuel. On cherchait quelque chose de court et on trouvait que ces 4 lettres vivaient bien ensemble. C'était aussi un clin d'œil aux nombreuses entreprises du Sud qui utilisent Azur dans leur nom et leur logo.

Comment vous êtes-vous formées ?

LG : On ne s’est pas vraiment formées, on a appris beaucoup de choses sur le tas, en cherchant et expérimentant aussi beaucoup. Avec nos collaborateurs ,on a été transparentes dès le début en leur disant qu’on n’avait pas forcément les connaissances ou les termes techniques.

« Comme pour plein de métiers, on n’est pas obligés d’avoir fait des études spécifiques pour être capable de le faire. C’est une question d’envie. »

R: Parlez-nous des produits que vous faites ?

LF : Notre postulat de départ a été la création d’un vestiaire simple dans des matières naturelles avec processus de fabrication à l'impact environnemental minimum. L’idée de l’uniforme a été centrale car on a cherché à faire des pièces unisexes et intemporels. On a développé des ensembles simples mais avec une variété de couleurs teints naturellement dans notre atelier de teinture. Pour les matières premières on est parti sur des tissus français anciens qui ont entre 50 et 100 ans que l’on a chiné car nous n’avions pas trouvé à ce moment là de filière textile 100% locale. Même pour un lin dit “français”, il y avait toujours au moins une étape où la matière est envoyée en Europe de l’est ou en Asie.

Les boutons, les fils, et les diverses fournitures sont minutieusement sourcées dans les dernières manufactures françaises. Toutes ces “contraintes” ont naturellement donné une esthétique particulière à la marque et ont influencé le design de nos produits.


 « On tenait à ce que le produit soit éthique et traçable.»

Concernant les pièces en soie plissée, c’est arrivé un peu par hasard avec la rencontre de deux soeurs artisanes plisseuses à Marseille. Azur, c’est aussi une histoire d’artisanat et de savoirs faire que l’on souhaite revaloriser. 

R: Quand on parle de plissé, on a immédiatement le nom d’Issey Miyake qui nous vient en tête. C’est une technique qui a aussi été exploitée par de nombreux créateurs. En quelques mots, quelle est son histoire ?


LG: Les plissés ont leur origine depuis des millénaires. On en retrouve des traces en Egypte antique soit 2000 ans avant JC. Également présents en Chine ancienne et dans toutes les sociétés développées et organisées, ce sont des étoffes qui étaient considérées presque comme sacrées. On pense aussi à Fortuny ou madame Grey. Il ne faut pas oublier aussi les kilts ecossais en laine plissée. Plus récemment, Issey Miyake est devenu LA référence en matière de plissée bien que ce soit malheureusement fait aujourd’hui en polyester. 

« C’est ce que je recherche au-delà d’un prix abordable : le fait d’avoir des matières de meilleures qualités, des belles coupes, de s’affranchir d’une norme vestimentaire et des tendances. »  
R: Vous préférez les matières naturelles aux matières synthétiques dans l’absolu ?
LG : Oui, c’était une volonté de départ pour Azur et quelque chose que l’on voulait mener de A à Z dans notre marque. Nos fils sont en coton, nos doublures en lin ou en coton, nos boutons sont en Corozo et nos teintures naturelles sont sans métaux lourds. Il n’y a pas de plastique dans nos packagings en carton recyclé. On peut donc dire qu’on fait des vêtements 100% biodégradables.

R: Quel est le processus pour réaliser de la soie plissée ?
LG : Généralement, on plisse en pièce : dans un premier temps on coud le vêtement d’après un patronage. Il faut toujours prévoir 30% plus large puisque le plissage va rétracter la matière. On le confie à des plisseuses basées dans le centre de Marseille. C’est un atelier de plissage et de broderie familial qui existe depuis 1920. À l’époque il s’appelait l’Atelier Moderne, puis il a été repris par la nièce Hortensia. Aujourd’hui il est renommé Les Filles d'Hortensia et ce sont les deux filles qui dirigent l’atelier: Claire et Véronique. Elles ont en quelque sorte grandis dans l’atelier et aidées leur mère depuis petites, donc c’est un savoir-faire qu’elles ont depuis toujours. Aujourd’hui, elles travaillent principalement pour des particuliers. Ce qu’on fait avec elle, c’est un plissage main donc il n’y a pas de moules contrairement à d’autres techniques. Toutes nos pièces sont plissées à deux, à quatre voir à six mains suivant la taille et la longueur du vêtement.

R: Le plissé tient-il dans le temps ?

LG : Le plissé sur fibre naturelle ne se lave pas, il nécessite un nettoyage à sec, mais tient bien sur les fibres animales comme la soie et la laine. Le plissé ne part pas complètement au fil du temps mais les plis vont avoir tendance à s’ouvrir et s’estomper. Tous les plissés qui passent à la machine et qui ne bougent pas dans le temps sont forcément en fibre synthétique. L’idée que le vêtement évolue dans le temps est une idée que l’on aime. Comme pour la teinture naturelle, la couleur change avec le temps donc les vêtements sont voués à se modifier, un peu comme un jean qui se patine. On encourage les gens à aimer cette évolution.

R: Vous faites aussi de l’accessoire…

LF : Oui, on a réalisé des accessoires en perles anciennes en verre et en métal qu’on a sourcé en France. Ces objets sont nés d’une volonté d’amener de l’accessoires dans nos collections. On confie la confection de nos vêtements à une couturière, mais pour les sacs, c’est nous qui réalisons tout. C’était aussi dans la genèse du projet de vouloir créer des choses avec nos mains. Il est évident qu’on doit déléguer beaucoup de tâches mais cette partie de la création était un moyen de se réapproprier notre projet. On ne sait pas si l’on va poursuivre cette production puisque nous l’avons faite avec des matériaux que nous avions à un certain moment et c'était aussi pour tester aussi d’autres typologies de produits. Aujourd'hui on souhaite se concentrer sur le vêtement, et dériver les accessoires de nos savoir-faire comme avec la soie plissée par exemple.


R: La limite de ce modèle artisanal, c’est qu’il ne peut pas être produit à grande échelle, bien que ce ne soit pas votre objectif…

LF : Il est vrai que ce modèle artisanal fait qu’on ne peut pas industrialiser nos créations. Par exemple, la teinture naturelle est quelque chose qu’il est difficile de faire à grande échelle. Cela se fait dans de grands chaudrons dans lesquels on plonge et on remue le tissu pendant 1h, c’est un processus laborieux qui ne peut se réaliser qu’à la main.


R: Quels sont vos objectifs pour la suite ?

LG : Le projet a tout juste un an et demi, donc il est encore tout jeune. On a pu faire le bilan de tout ce qu’on a produit et de ce qui a plus. En conclusion, la soie plissée revient systématiquement. Pour autant, on ne veut pas abandonner le reste. La soie plissée va devenir le cœur du projet, on souhaiterait la développer car pour l’instant les formes et les couleurs étaient simples. On aimerait créer d’autres formes de tops et de robes, développer des pantalons et expérimenter du print et d’autres finitions.

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