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Frédérique Picard, Directrice Générale de Carel, “J’aime entasser du plafond jusqu'au plancher”

Le Monde de RÉUNI explore l'univers, le parcours et les points de vue d'artisans, d'artistes, d'entrepreneurs, de personnalités des industries créatives et culturelles qui contribuent à la préservation et à la valorisation des savoir-faire et qui influencent d'une manière ou d'une autre notre esthétique et notre art de vivre.


Après plusieurs années passées à vivre dans le Marais, c’est dans le 10e arrondissement de Paris que Frédérique Picard décide de poser ses valises et ses tableaux ; un quartier vivant dans lequel elle retrouve le charme d’un Paris d’antan peuplé d’échoppes et de petits artisans. Elle nous raconte son amour pour l’art et pour la chine dans son appartement aux allures baroques, dans lequel elle reçoit chaque semaine sa grande famille autour d’une pasta cuisinée par son amie Vittoria. Collectionneuse compulsive, elle voit dans les objets anciens, les souvenirs d’une époque révolue. Vases Vallauris, herbiers, vaisselle, chinoiseries... Elle envisage ses collections comme la préservation de savoir-faire et de pratiques qui tendent à disparaître.


Cette grande adepte du vélo, nous emmène d’une rive à l’autre de la Seine jusqu’à la boutique-amiral de Carel, rue Tronchet - où ses bureaux sont installés - en passant par sa trattoria italienne préférée et son fidèle encadreur dans le 10e. Une boutique qu’elle a souhaité joyeuse, vivante et dans laquelle il fait bon travailler.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts, ainsi que la retranscription en bas de la page.

Vue du salon de Frédérique

Frédérique devant une de ses photos préférées, signée de l'artiste Daniel Blaufuks. Frédérique porte la Chemise en Popeline Réuni. 

Dans cette première partie, j’aimerais découvrir ton monde intérieur. Explique-nous, où est-ce qu’on est ? Dans quel coin de Paris ? Et quel est ce lieu ? 


Alors on est Rue de Paradis, c’est un nom un peu sympa. Dans le 10eme arrondissement. C’est mon antre, il se passe plein de choses. On est chez moi. Exactement dans ma cuisine, qui est ma pièce principale.


Pourquoi as-tu choisi ce quartier en particulier ? 


Je suis venue du Marais. J’ai connu le Marais il y a 20 ans, à l’époque il y avait des commerçants chinois partout, c’était un peu le bordel. Mais aujourd’hui, c’est devenu des galeries hyper chics, et ce n’est pas trop mon truc.

Moi j’aime les quartiers en devenir et le 10ème c’est ça, c’est un grand quartier de Paris dans lequel il se passe des choses tout le temps. 

Je suis à 2 mètres de la rue Poissonnière, Il y a toujours un nouveau boulanger, une nouvelle expérience food, un nouveau restaurant bien sûr, d’ailleurs je t’emmènerai chez Vittoria qui est Sarde et qui fait de la pasta bio. Elle est d’ailleurs beaucoup mise en avant par la Mairie du 10ème car elle fait tout en zéro déchet. Donc voilà ce ne sont que des commerces comme ça, avec un truc en plus. 

Plan de travail de la cuisine de Frédérique. Au second plan, l'oeuvre du photographe Daniel Blaufuks. 

Plan de travail de la cuisine de Frédérique 

On est dans ta cuisine dans cet appartement. Comment définirais-tu cet appartement et pourquoi tu as eu un coup de cœur pour cet endroit ? 


D’abord, ça faisait un an et demi que je cherchais. J’ai vendu le mien très vite en pensant que je trouverais rapidement, mais pas du tout. Donc j’étais nomade pendant un moment, je passais 15 jours dans un endroit, puis dans un autre et il fallait absolument que je me pose. Et celui-là, il y avait un petit rayon de soleil qui passait sur le parquet et c’est comme un coup de foudre, il paraît que les femmes se décident très vite, c’est peut-être un cliché, mais je suis arrivée j’ai fait un tour 5 minutes sans rien dire à l’agent évidemment, car je voulais le renégocier. Mais je me suis dit “tiens c’est un bon endroit pour poser mes valises”. Et puis, j’ai apprécié cette grande hauteur sous plafond et comme j’ai pas mal de tableaux en démesure très grands, très hauts, je ne peux pas avoir des tout petits murs, donc il me fallait des grandes surfaces pour en accrocher quelques-uns. 

Frédérique nous présente l'un des ses livres de recettes préférés, SIMPLE de Ottolenghi. 

Dans la cuisine de Frédérique. 

Ce qui est intéressant dans cet appartement, c’est qu’on rentre directement dans la cuisine. Donc c’est vraiment la pièce la plus importante.


C’est la pièce à vivre. J’ai une famille nombreuse : j’ai quatre enfants, quatre fils. Donc quand ils viennent avec leurs chéries ça multiplie par deux… Donc ça fait que dans nos dîners hebdomadaires, on est vraiment super nombreux.


Ce qu’on peut dire c’est que ton esthétique est un peu chargée.


C’est baroque, il y en a partout. 

J’aime entasser du plafond jusqu’au plancher. 

Dans la cuisine de Frédérique, au premier plan sa grande table de couvent où elle aime recevoir famille et femmes d'influence. Au second plan l'oeuvre monumentale de l'artiste Joël Degbo qui donne de la perspective à cette pièce remplie du sol au plafond. 

Dans la cuisine de Frédérique, son parquet Point de Hongrie, et ses plantes combinées dans des chinoiseries chinées aux puces. 

Est-ce que c’est parce que tu es une collectionneuse compulsive ? 


Alors moi quand je suis sur un truc, c’est obsessionnel. En ce moment je suis sur les herbiers. À chaque fois que j’en trouve dans une vente, je le prends. Et c’est nouveau. J’aime beaucoup les herbiers qu’on faisait en famille, avec les enfants… Et je pense que c’est quelque chose qui va disparaître bientôt. c’est très rare. Je trouve des herbiers avec des espèces très rares… donc je trouve que ce sont des petits souvenirs que les gens font, mais aussi des souvenirs des espèces menacées. Et puis, j’adore la céramique, ça fait 30 ans que j’ai plein de vases différents qui viennent un peu de partout. Mais comme je suis du sud, les Vallauris me parlent beaucoup. Vallauris c’est un village dans lequel Picasso avait un four et où il a fait beaucoup de poteries. C’est un village de poterie, il y a plein de fours avec leur nom et leur numéro. C’était très important après-guerre où il y a eu une explosion de céramistes avec des couleurs dark, des noirs, des gris, des rouges bien plombés et c’est ça que j’aime. 


Parle-nous un peu des meubles, des tableaux, des pièces,… et des luminaires aussi. Et puis explique-nous quels sont les objets que tu affectionnes le plus et pourquoi ? 


Ce tableau , c’est à un Camerounais qui s’appelle Joël Degbo qui l’a peint. Il a eu un prix d’excellence au Beaux-Arts à Paris. Et il n’a même pas 30 ans. Et moi je l’ai vu en juin lors de l’exposition des travaux des élèves de leurs tableaux de fin d’année. Il y avait une cinquantaine de présentations. Mais j’ai discuté avec lui. Moi tu sais j’ai vécu en Afrique donc j’adore parler du Sénégal, de la Côte d’Ivoire. Il était hyper sympathique. Son seul problème c’est qu’il fait des tableaux immenses. Donc il n’avait pas beaucoup d’acheteurs parce que ce n’est pas facile à caser (rire). Donc je lui ai lancé un défi. Je lui ai dit "j’adore ce que tu fais ça me rappelle le travail d’un Belge qui s'appelle Delvaux qui fait des choses comme dans un rêve." Il fait ses tableaux la nuit, il vit dans le 93 et il ne dort que 2 ou 3 heures par nuit, il va dans des zones intermédiaires entre ville et campagne et là il a fait ce tableau un peu comme ça. Et donc je suis tombée en amour devant ce tableau. Mais comme j’étais en plein déménagement je l’ai uniquement réservé… et 3 ans après je regarde ce qu’il fait sur Instagram et je le contacte pour savoir si l'œuvre est toujours disponible. Et elle l'était ! Il l’a déroulée sur place et l’a installée sur châssis directement au mur. Moi qui suis une folle de campagne et de verdure, je l’aime car il donne une perspective… Et la nature ça manque dans le 10eme c’est un peu le point faible. 

Nature morte dans le bureau de Frédérique. 

L'oeuvre du photographe Daniel Blaufuks. 

Une autre chose, effectivement, qui attrape le regard, ce sont les plantes. On voit effectivement une grande obsession pour les plantes, il y en a partout, sur le pallier… 


Regarde là-bas, je récupère les vieilles chinoiseries début de siècle que personne ne veut, et je les récupère et les combine avec des plantes. 

Ça comble mon amour pour les vieilles choses. 

Souvent je retrouve des choses, des petits billets, des annotations à la main, “Jacqueline”, “Souvenir de Martine”, ça m'émeut beaucoup. Ça me donne un petit prétexte pour chiner en régions. 


Si on ne devait garder qu’un seul objet dans cet appartement, ça serait quoi ? 


Je dirais cette photo d’un artiste portugais d’origine allemande qui s’appelle Blaufuks qui a pris en photo, tous les jours de l’année, sa cuisine. Il y a un côté proustien nostalgique parce que c’est l’histoire du temps retrouvé, ou du temps perdu. En fait, c’est une série sur l’absence, il vient d’une famille traumatisée pendant la guerre, réfugiée au Portugal. Donc tu vois ces chaises vides qui attendent quelqu’un, ces plantes fanées, et en même temps du quotidien… C’est une mise en abîme parce que je l’ai mise dans ma cuisine. Mais il n’y a pas vraiment d’avenir, c'est juste là, un carreau cassé, une nappe en lin. Pour moi ça symbolise un peu l’art de vivre mais aussi l’attente. La modestie aussi.  

Salon de Frédérique. 

Tapis dans le salon de Frédérique chiné à Drouot. 

Je te propose qu’on prenne le vélo et qu’on aille voir un commerçant dans le quartier et puis après chez Carel car on veut également découvrir ton monde extérieur. 


Pour les commerçants il y en a deux ou trois que je trouve symboliques dans mon quartier. D’abord, il y a mon couturier, il ne me fait pas des vêtements mais il ravaude tout, des rideaux, c’est un Turc, il vient du centre de la Turquie entre la Méditerranée et la mer Noire, il est génial il fait tout ce que tu veux. C’est un vieux de la veille avec sa clope le matin et derrière sa machine, il est comme les artisans étaient il y a 50 ans. Ensuite, Vittoria, mon amie qui fait de la cuisine bio dans sa trattoria Manicaretti. Et puis, un commerçant très symbolique, c'est mon encadreur, alors lui son échoppe elle fait 10m2 mais il te fait ce que tu veux en cadre. Il a fait tous les encadrements pour Carel. Ici dans le 10e c’est ça qui est génial, c’est qu’il n’y a que des artisans, et dans le 3e il n’y en a plus du tout. Tout a été remplacé par des commerces qui sont bien plus luxueux et chers. L’encadreur c’est là où je vais le plus souvent, je dois être sa meilleure cliente (rire). 

Vue de la chambre de Frédérique. 

Vittoria de la trattoria Manicaretti située au 60 rue Paradis, 75010 Paris

On est maintenant avec Vittoria, alors qu’est ce qu’on mange ce midi chez Manicaretti ? 


Alors ce midi c’est un poulet au citron, des lasagnes classiques (tomates, mozzarella), et un plat tout végétal, un gratin de patate douce au lait de coco et épices, c’est délicieux. On a une petite soupe veloutée butternut & châtaigne 100% végétale sans crème. On ne fait que du légume. 


Il y a toujours des salades avec plein de trucs, des légumes de saison, des fruits….Des choses auxquelles on ne s’attend pas, des graines.


Et notre grand must, ce sont les pennes à la crème de truffe qu’on reçoit de Toscane. Il y a des plats proposés au client et d'autres qu’on prépare en cuisine et avec chaque plat on propose un accompagnement de légumes (grillés, vapeur ou au four).

Dans le bureau de Carel au 2 rue Tronchet, 75008 Paris,

Frédérique dans son bureau en pleine discussion. 

Donc maintenant on est au 2 rue Tronchet à la boutique Carel. Cette boutique, vous l’avez refaite ? 


On est dans notre boutique amiral où on peut déjà voir des clientes avec nos modèles iconiques aux pieds à trois brides, les Kina.  Elle est très pop cette boutique, on l’a complètement refaite pour avoir un thème des années 60. Les murs sont avec notre logo : le c avec le rond dedans. Et là tu as toute la partie avec nos bottines et nos modèles vernis et puis la partie gauche, c’est la nouvelle collection. Le thème c’est Paris/London, donc il y a beaucoup d’Ecossais. Je vais te faire passer dans la réserve. C’est les coulisses. Au passage je remets des boîtes en ordre… On passe devant la photo de Dutronc, Françoise Hardy était une de nos égéries. On va arriver dans le bureau de Georges Carel, on va passer devant le bureau de la comptabilité avec Anoucha et Othman. Tu vois c’est très modeste, il y a tout nos vintages. Et on va arriver devant le bureau de la création. Je te présente Romain avec qui on était tout à l’heure, Camille dont c'est l’anniversaire aujourd’hui, Hubert qui est le Directeur de la création et Mathilde qui a un style très London qui nous a inspirés dans cette collection. J’en profite pour te montrer le mur des iconiques derrière de toutes les couleurs et de toutes les matières, toujours dans les années 60. Et puis la nouvelle collection à ta droite. Georges Carel est le fondateur de la maison en 1952. Ce bureau est à côté de la boutique car on aime bien être près des clients, on aime aussi donner un coup de main à la boutique quand il y a besoin.

Pour terminer je te pose une dernière question : si tu devais choisir une époque dans laquelle tu voudrais vivre ça serait laquelle ? 


Aujourd’hui. Je suis heureuse dans mon époque.


Pour découvrir l’intégralité de l’interview retranscrite cliquez-ici

Retrouvez également l’interview sur toutes les plateformes d’écoute de podcasts.


Crédits photos RÉUNI.

Références :

Carel : https://www.carel.fr/fr/ 

Manicaretti : https://www.instagram.com/manicarettibio/

Vases Vallauris : https://fr.wikipedia.org/wiki/Poterie_de_Vallauris

Simple, Ottolenghi 

Joël Degbo : https://septiemegallery.com/joel-degbo/

Paul Delvaux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Delvaux

Jacques Germain : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Germain

Vlad Monroe : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vlad_Mamyshev_Monroe

Hervé Plumet : https://www.herveplumet.com/

Daniel Blaufuks : http://www.jeankentagauthier.com/fr/artistes/oeuvres/9/oeuvres/daniel-blaufuks#oeuv-6

 

Adresses : 

Manicaretti, 60 rue Paradis, 75010 Paris

Carel, 2 rue Tronchet, 75008 Paris


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