Wanju porte Le Manteau · Édition N°1 · RÉUNI

Portait – Wanju Jo : l'art de la patience

Wanju Jo

1989 – Naissance à Bucheon à côté de Séoul 

2008–12 BA – Chungang (Seoul/Corée duSud)

2012–15 – Studio Berçot

Wanju a dessiné des centaines de pulls, le Gros Pull d’Hiver, Le Cardigan, Le Pull Fin et le Débardeur en maille fine RÉUNI compris. Mais débuter son portrait par un chiffre n’est pas lui rendre justice, elle qui ne compte pas les heures passées à tricoter. Wanju Jo est styliste maille et, à l’écran, lors de notre discussion en Facetime, elle apparaît souriante, ses cheveux blonds ramenés en chignon. On devine en arrière-plan un appartement lumineux, « chaleureux et clean » comme elle le décrit elle-même. 

Elle est donc chez elle, à Paris, avec son chat Tocky, tous deux confinés comme le reste de la France. Nous sommes début novembre, les temps sont incertains et nous cherchons tous à renouer avec la patience, assis en tailleur face à des puzzles géants, tandis que Wanju dompte le temps en faisant rouler ses doigts sur des aiguilles et une machine à tricoter.

La Machine à tricoter manuelle

Wanju dans Le Gros Pull d'Hiver · Édition N°2 · avec son chat Tocky (Lapin en Coréen)

Discuter avec une styliste maille est l’occasion de glaner quelques conseils sur l’achat d’un bon pull. « C’est une bonne question », répond Wanju lorsque nous lui demandons de nous décrire le parfait sweater. « Je me focalise beaucoup sur l’éco-responsabilité. Si je choisis du coton, il faut qu’il soit biologique ; si c’est de la laine, elle doit être certifiée RWS [Responsible Wool Standard]. Le vêtement doit donc être visuellement beau mais avec une attention particulière portée à la matière. »

Le goût et le point de vue de Wanju embrassent l’air du temps, sensible aux produits conçus dans le respect de l’environnement et des hommes. Les achats parcimonieux de la styliste sur les plateformes de seconde main et son amour pour le tricot handmade vont dans ce sens. Les quelques pulls qu’elle achète sont généralement des coups de coeur. Ils ont une matière dense monochrome, une coupe loose qui emmitoufle. « Parfois ils piquent, mais peu importe », dit-elle. Au fur et à mesure que nous discutons, le pull prend une allure d’objet noble du quotidien, un élément de la vie courante que l’humilité exalte, une sorte de bon pain à la croûte croquante.

Wanju dans le Cardigan RÉUNI · Édition N°1

Wanju en train de tricoter un échantillon de matière pour un projet

Wanju attrape un tricot blanc et nous montre ses boucles serrées. Nous lui demandons sonpoint de tricot favori. « J’aime tous ceux faits à la main », répond-elle. « Ils ont quelquechose de spécial. À chaque fois que vous tricotez, c’est différent, même si vous faites lemême point. C’est lié à la personne qui tricote. J’aime cet aspect unique. » On devine rapidement que cette forme de conception demande un temps long, mais Wanju nous explique que même pour une production industrielle, fabriquer un pull requiert de la patience.

« Être styliste maille, c’est d’abord choisir les fils et leur épaisseur, tricoter l’échantillon qui deviendra ensuite ton tissu, rencontrer des soucis, discuter avec les usines pour savoir ce qu’il est possible de faire et attendre parfois longtemps leur retour. En fin de compte, un ou deux mois sont nécessaires pour concevoir un pull », explique-t-elle avant de nous faire remarquer que lorsque l’on achète un pull en pré-commande, nous faisons aussi l’expérience de cette attente entre le lancement de la production et la réception. Comme le styliste, nous patientons.

« Parfois, des erreurs produisent de belles surprises »

Wanju porte Le Manteau RÉUNI · Édition N°1

Puis Wanju se lève pour nous présenter à l’autre bout de la pièce une machine à tricoter où repose l’un de ses ouvrages en cours. « Parfois ce fil-là se détache et il faut recommencer. À d’autres moments, des erreurs produisent de belles surprises. Il faut tester, chercher, essayer, continuer d’apprendre. » 

Elle nous montre en exemple la photo d’un pull qui lui a demandé de longues heures de recherches. C’est un sweat oversize pour homme avec un motif floral en jacquard et des manches excessivement longues qui recouvrent les mains.

Comme Gabrielle Chanel, Wanju est radicalement tournée vers l’innovation et le vestiaire masculin. Une exposition consacrée à l’iconique couturière française se tient en ce moment au Palais Galliera, nous lui demandons si elle y est allée. Elle répond qu’elle a adoré. « Chanel n’est pas vraiment mon style mais c’était impressionnant, elle a tout essayé, tous les types de coutures. C’est d’un niveau incroyable. Et puis, les compositions sont parfaites, ils ont utilisé de bonnes matières. » 

À l’instar de cette grande dame de la couture française, Wanju attire les compliments. « J’ai un jour eu une expérience amusante, confie Wanju. « Mon ami et moi étions sur le point de quitter un bar après avoir bu un verre, quand un garçon est venu vers nous et a dit à mon ami : “ Ton pull est incroyable, où l’as-tu trouvé ? ” Il a répondu que j’en étais la créatrice. Je suis très heureuse quand des personnes que je ne connais pas s’arrêtent pour me poser des questions sur mes pulls et qu’ils les apprécient. C’est assez cool. »

« Je pense d’abord aux gens qui vont porter le pull »

Quand nous lui demandons si elle prend en compte l’avis des gens lorsqu’elle crée, la réponse tombe comme une évidence. « Je pense d’abord aux personnes qui vont porter le pull. Lorsque je travaille chez Études, il m’arrive souvent de descendre dans la boutique qui se trouve au niveau inférieur pour observer les clients, voir s’ils achètent mes jumpers et échanger avec eux. » Wanju prend donc aussi le temps de comprendre comment et pourquoi les gens portent ses créations. 

C’est de cette manière qu’après cinq ans à exercer en tant que styliste maille, elle continue à parfaire ce vêtement laineux. Elle ajoute : « Il m’arrive aussi de chercher sur Vestiaire Collective pour voir si des personnes revendent les pulls que j’ai réalisés. Mais, jusqu’à présent, je n’en ai pas vu ».

Peut-être, ses pulls remplissent-ils leur mission : une pièce bien faite que l’on garde à vie. Son savoir-faire a en tout cas séduit les marques avec lesquelles elle collabore. L’une d’entre-elles a d’ailleurs augmenté ses résultats sur le marché asiatique. 

C’est ce que Wanju nous affirme lorsque nous lui demandons si ses origines coréennes influencent sa création.

« Là-bas, l’hiver est froid et très ensoleillé, la palette varie entre un bleu ciel et un blanc très pur. C’est minimal », décrit-elle. De ce paysage, elle a gardé le sens de l’épure, ce côté clean qu’elle noue à l’imperfection rustique d’un pull d’hiver.
« Brut et épuré », nous terminons la discussion sur cette association singulière, heureux d’avoir obtenu matière à penser.


Portrait réalisé par Julia Garel pour RÉUNI
Crédit photo : Benoît Auguste

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